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PIERRE DECOURCELLE - « La Mendiante D'Amour » (1892)

  • 21 janv.
  • 22 min de lecture

Dernière mise à jour : 11 juil.

Pionnier du roman-feuilleton policier, auteur du cultissime, « Les Deux Gosses » (1880) et co-auteur de la dizaine de romans-fleuves signés sous le pseudonyme de son oncle, Adolphe d'Ennery, Pierre Decourcelle était un forçat du roman populaire, qui nous a laissé près d'une quarantaine de romans, souvent moins désuets que ceux de bien de ses collègues.

La raison en est que, dès 1885, Pierre Decourcelle a cherché à se dégager des lois du genre feulletonnesque, d'une part en laissant de moins en moins de place à l'improvisation, à la fantaisie, mais en rédigeant des romans plus courts, mieux structurés, qu'il choisit de ne pas pré-publier en feuilleton. Il fut donc le premier à éditer ces romans directement en volumes, une à deux fois par an, en ne dépassant pas les 450 à 500 pages.

Sans le savoir, Pierre Decourcelle a inventé le "thriller" moderne, que les Américains mettront presque un siècle à redécouvrir. La plupart de ses romans sont un mélange de drames sentimentaux psychologiques, teintés d'une intrigue policière parfois un peu artificiellement greffée, et où il n'est généralement pas question d'enquête. Le but de l'écrivain, qui s'adressait ouvertement à un public féminin à l'esprit tortueux, était d'offrir à ses lectrices 500 pages d'angoisse soutenue, où il était souvent question d'infidélités, de vengeances de femmes, de viols, de tentatives de meurtres, de liaisons adultères secrètes, de tentatives de chantages, d'emprises sur des caractères faibles, d'enfants cachés et abandonnés à l'assistance publique.

Concernant ces thématiques, Pierre Decourcelle n'était pas un auteur très original; il usait de ficelles déjà reconnues dans le théâtre de boulevard, ou qui seraient reprises plus tard dans "Le Grand Guignol". Les intrigues de bases sont très simples, reposent souvent sur une ou plusieurs histoires d'amour impossibles, pour des raisons familiales, sociales ou à cause d'anciennes maîtresses ou amants jaloux, et décidés à empêcher le succès de leurs rivaux par tous les moyens possibles. D'entrée de jeu, chaque intrigue est présentée comme une impasse, où les personnages principaux se débattent et se déchirent. C'est d'ailleurs sur ces détails que les romans de Pierre Decourcelle sont les plus datés, car ils s'appuient sur la morale de la Belle-Époque, encore très rigides sur les moeurs : un homme surprenant sa femme avec son amant, par exemple, avait le droit moral et juridique de les assassiner tous deux, ou la découverte d'un enfant "naturel" - c'est-à-dire non reconnu -, dont l'épouse est la mère, et qu'elle a eu d'un autre homme avant son mariage, donnait au mari le droit - et même le devoir - de répudier sa femme, et d'abandonner l'enfant dans un orphelinat, car une mère ne disposait d'aucun droit sur son enfant s'il n'avait pas été déclaré, ni reconnu par son géniteur. Le mariage étant considéré alors comme un sacrement religieux, la loi considérait que dès lors que ce sacrement était trahi dans ses devoirs ou souillé par un mensonge, il y avait parjure, et donc sacrilège, ce qui méritait une punition extrême.

De telles situations seraient inimaginables aujourd'hui, et hélas, les romans de Pierre Decourcelle s'appuient souvent sur ce type de drames conjugaux, et sur la honte qui rejaillit sur l'honorabilité d'une personne, qui plus est, quand elle est victime d'un complot ou d'une fausse accusation. Cela peut sembler étrange pour un lecteur de notre siècle, encore que les sociétés asiatiques obéissent encore à des règles plus ou moins similaires.

Néanmoins, ce qui fait la qualité des romans de Pierre Decourcelle, c'est leur réalisme et leur absence de manichéisme, deux élements généralement absents du genre feuilletonesque. S'il y a bien des personnages généreux et honnêtes, et d'autres qui sont cruels et corrompus, les personnages positifs ne sont pas irréprochables, et les personnages négatifs réagissent souvent suite à une grande douleur, un grand chagrin, un orgueil piétiné ou des ambitions contrariées.

Également, sur d'autres plans narratifs, Pierre Decourcelle est très moderne, dans le sens où il est intemporel. Victimes d'une trahison, ou de la fin douloureuse d'une relation dont le deuil est impossible, d'un harcèlement, d'une emprise ou d'une cabale, les souffrances et les détresses des héros de romans de Pierre Decourcelle, et surtout de ses héroïnes, nous apparaissent encore comme très proches des nôtres, tant dans le chagrin de leurs ressentis que dans la terreur de leurs angoisses.

Ajoutons enfin que, loin des bricoleurs aimables mais farfelus du feuilleton, Pierre Decourcelle était un architecte d'intrigues labyrinthiques mais parfaitement carrées, totalement logiques, dans lesquels il aimait à perdre ses lecteurs avec patience et méthode, ainsi qu'avec un brin de sadisme. Un siècle plus tard, on est encore surpris de l'efficacité de son travail, et il est impossible d'ouvrir un roman de Pierre Decourcelle en devinant au fur et à mesure où il va nous emmener.

« La Mendiante D'Amour » (1892) n'est pas son meilleur roman, mais c'est une excellente démonstration de ses talents, et surtout, c'est un des premiers romans qui aborde le thème d'une relation amoureuse toxique.

Cette relation, c'est celle qui unit depuis deux ans le comte Bernard de Preuil à la fameuse peintre Paule Santenay, artiste de grand talent mais femme psychologiquement malade, atteinte de jalousie chronique, de paranoïa hystérique, ressentant toujours le besoin des créer des scènes, des disputes, des drames, considérant que ce sont là les seules vraies marques de la grande passion. Selon nos critères psychiatriques, on classerait Paule Santenay comme souffrant du syndrome de la perversité narcissique et/ou de la bipolarité, et il faut croire que Pierre Decourcelle s'est inspiré d'une personne réelle, tant son héroïne rassemble tous les symptômes de ce trouble, à une époque où la psychologie était balbutiante, et où un tel profil n'était pas encore défini.

Homme droit et rationnel, Bernard du Preuil supporte cette furie avec stoïcisme, victime d'une certaine manière de sa bonne éducation. Mais un jour, la crise de trop lui dessille les yeux, il comprend que Paule est à demi-folle, et que ce qu'ils partagent ensemble depuis deux ans n'a rien à voir avec l'amour. Il rompt alors brutalement avec elle.

Dans un premier temps, Paule ne le prend pas au sérieux. Persuadée que ses crises d'hystérie ne viennent pas de son cerveau à elle, mais de la nature de la dépendance amoureuse qu'ils partagent, qui est forcément la résultante de leur grande passion réciproque. Comme Paule elle-même est incapable de s'afffranchir de cette dépendance, elle croit que Bernard finira bientôt par revenir, éploré et suppliant, ne supportant plus de vivre sans elle.

Malheureusement pour elle, les choses ne se passent pas ainsi. Brusquement libéré de la geôle oppressante de cette relation perverse, Bernard du Preuil se sent revivre. Il reprend des activités mondaines, et se met à fréquenter une belle américaine, Bella Stevenson, installée depuis peu à Paris, dont il devient l'amant ponctuel et nullement exclusif. Cette amourette légère et sans lendemain lui convient, tant il ne se sent guère enclin à renoncer trop vite à sa liberté retrouvée.

Mais à Paris, les rumeurs courent vite. Paule Santenay n'avait rien dit au sujet de sa rupture avec Bernard, parce qu'elle estimait que c'était une passade. Mais quand une connaissance vient lui révéler que son compagnon est dans les meilleurs termes avec Bella Stevenson, Paule s'écroule, rattrapée par cette réalité qu'elle fuyait, s'abandonnant à toute la souffrance de la rupture sans chercher à se préserver. Elle voudrait que Bernard revienne vers elle, mais reviendrait-il qu'elle ne changerait rien à son attitude.

Petit à petit, elle se persuade qu'elle a été manipulée, qu'elle a donné l'essence même de son coeur et de son âme à un malandrin qui s'est servi d'elle. Elle décide de se venger, sûre d'être dans son bon droit.

Un soir, alors que Bernard s'apprête à sonner chez Bella, Paule, qui s'est procurée son adresse, jaillie de derrière une planche clôturant un chantier et se mettant à deux mètres de lui, lui crie :

- Tiens, lâche ! Comme ça, tu ne la reverras plus !

Et elle projette un flacon de vitriol, en direction des yeux de Bernard.

Celui-ci a eu le réflexe instinctif de protéger son visage de ses deux bras, revêtus d'un épais manteau, car le temps est neigeux. Le manteau arrête l'acide, et Bernard ne souffre que de minuscules brûlures au poignet. Face à son échec, Paule s'enfuit en courant, mais deux policiers, en faction à une dizaine de mètres, ont assisté à la scène. L'un d'eux rejoint Bernard pour s'enquérir de ses blessures, tandis que l'autre court à la poursuite de Paule, qu'il rattrape en un rien de temps, et ramène, menottée et en larmes, à son collègue. Les policiers demandent alors à Bernard d'identifier la personne qui l'a agressée.

La situation est malaisée pour Bernard. Il s'en est fallu de peu qu'il soit défiguré et aveugle, mais la femme qu'il a jadis aimée est en grande souffrance, et dans une situation humiliante, d'autant plus humiliante que s'il porte plainte contre elle, tout Paris sera rapidement au courant de ce qui s'est passé, et ce sera la fin de la carrière artistique de Paule, qui ne vendra plus un seul tableau. Que deviendra-t-elle alors ?

La mort dans l'âme, Bernard répond aux policiers que ce n'est pas la personne qui l'a agressée. Les policiers ne sont pas dupes, mais relâchent la jeune femme. Bernard se détourne, et rentre chez lui. Il espère que la clémence dont il a fait preuve envers Paule lui ôtera l'envie de se venger, et la poussera à faire son deuil.

Peine perdue : Paule a vu dans la générosité de son ex-compagnon, non pas de la compassion, mais la preuve délirante qu'il est encore amoureux d'elle. Les jours suivants, Bernard reçoit, affligé, de brûlantes lettres d'amour, qu'il parcourt à peine. Il comprend qu'il lui faut partir longtemps, là où Paule ne pourra le trouver. Le temps, croit-il, résoudra tout.

Le lendemain, il prend le train pour pour Cannes, où vit sa cousine, Mme de Terrenoire, dans une luxueuse villa où elle accepte de l'héberger indéfiniment. Seul Varades, le meilleur ami de Bernard, sait le lieu de sa destination, et ne le dira à personne.

Trois années passent, durant lesquelles le jeune comte oublie jusqu'à l'existence de Paule Santenay. Étant assez riche pour n'avoir pas à travailler, Bernard de Preuil s'amuse et profite bien mieux de sa liberté à Cannes qu'il n'aurait pu le faire à Paris, d'autant plus que le climat y est meilleur. Seule sa cousine l'ennuie un peu, car Mme De Terrenoire est une incorrigible marieuse qui ne songe qu'à présenter toutes les jeunes filles célibataires de bonne famille à son cousin, lequel se trouve obligé de faire bonne figure, tout en fréquentant en cachette le genre de jeunes filles pas farouches que sa cousine ne lui présenterait pour rien au monde, mais qui sont mieux faites à son humeur du moment.

Cannes n'était pas en 1892 la capitale du cinéma qu'elle est devenue au XXème siècle, mais contrairement, à Saint-Tropez, ce n'était déjà plus un petit village de pêcheurs. Ancienne place-forte militaire, Cannes devient en 1790, suite à la création des départements français, une station balnéaire et climatique. En 1834, le lord chancelier Henry Brougham s'y rendit afin de soigner sa fille tuberculeuse. Il tomba amoureux de la région, et s'y installa jusqu'à sa mort en 1868. Entre temps, il aura fait de Cannes le rendez-vous de l'aristocratie anglaise, où le rejoignirent bientôt l'aristocratie italienne et l'aristocratie française. Voilà donc pourquoi, en 1892, la cousine de Bernard de Preuil vivait à Cannes comme beaucoup d'autres grandes familles, qui ne manquaient pas de filles à marier. De sorte que Mme de Terrenoire ne manquait jamais de prétendantes à présenter à son cousin.

Un soir, Mme de Terrenoire emmène Bernard dans une soirée mondaine, et lui présente une vieille amie, Mme de Lesnilis, vieille aristocrate résidant à Poitiers, en vacances dans la région avec sa filleule, la très jeune Claudine de Croix-Mesnil, orpheline, âgée d'à peine 18 ans.

Bernard est immédiatement séduit et attiré vers cette jeune fille, bien qu'il s'en défende. Charmante, souriante, candide et pure, c'est une jolie demoiselle blonde qui passe ses soirées à tricoter, et qui rougit très fort quand on la regarde : bref, un certain idéal de vertu à la fin du XIXème siècle.

Durant deux semaines, Bernard fréquente les deux femmes, en s'efforçant d'accorder autant d'attention à Mme De Lesnilis qu'à sa filleule, sans trop de mal, car la vieille femme a beaucoup vécu et a de passionnantes anecdotes à raconter sur la Monarchie de Juillet et sur le Second Empire.

Pourtant au bout de deux semaines, Mme de Lesnilis invite Bernard à un dîner d'adieu, car elle et Claudine vont revenir à Poitiers. Bernard est atterré et ne s'imagine déjà plus vivre sans Claudine, et comme il remarque que Claudine elle-même est au bord des larmes, il se déclare et demande Claudine en mariage.

La jeune fille, folle de joie, donne immédiatement son assentiment. Mme de Lesnilis, charmée, ne voit aucun mal à cette union, mais en tant que marraine et tutrice, elle n'a vraiment le droit légal de donner son accord à ce mariage. En vérité, Claudine n'est pas complètement orpheline. Mme de Lesnilis raconte alors à Bernard l'étrange enfance de sa nouvelle fiancée.

Claudine est née et a grandi dans l'Île de la Réunion, que l'on appelait encore l'ïle Bourbon. Elle était la deuxième fille d'Hubert de la Croix-Mesnil, un aristocrate fantasque et aventurier, et de son épouse, de caractère effacé. Joueur, trafiquant, alcoolique, Hubert de la Croix-Mesnil était le type d'homme qui cherchait toujours un moyen de gagner beaucoup d'argent, et a longuement perdu sa fortune à force d'essayer. Lorsque Claudine est née, ce qui n'était pas prévu, cette bouche de plus à nourrir posait problème financièrement. Hubert décida que la jeune Claudine vivrait sur sa part à lui, tandis qu'il s'en irait faire fortune en Australie.

Huit ans passèrent, sans que Claudine, sa grand soeur Pauline et leur mère, eurent la moindre nouvelle du chef de famille. C'est alors que la mère tomba gravement malade, et sentant que la mort était proche, elle écrivit à Mme de Lesnilis de venir prendre la petite Claudine, car Pauline, déjà presque adulte et ayant quelques dons artistiques, ne rêvait que de partir faire carrière à Paris.

La pauvre femme était déjà morte quand Mme de Lesnilis vint ramener les deux filles en métropole. Comme prévu, Pauline eût horreur de Poitiers, et comme elle était l'héritière de la bien mince fortune de sa mère, elle monta à Paris, n'envoyant à sa soeur Claudine, chaque année, qu'une carte-postale laconique pour son anniversaire et un mandat très insuffisant pour son éducation. Mme de Lesnilis dut y aller pas mal de sa poche.

L'ennui de cette situaton, c'est qu'aujourd'hui Claudine n'à que 18 ans, et à cette époque, la majorité était à 21 ans. Il faut donc, pour qu'elle ait le droit de son marier avant sa majorité, qu'elle ait l'autorisation de son père. Or, celui-ci est porté disparu, mais son décès n'est pas certifié. Il faut absolument retrouver cet homme s'il est en vie, ou avoir une preuve administrative de sa mort, auquel cas, ce sera Pauline qui sera, par défaut, habilitée à donner son accord pour le mariage.

Mme de Lesnilis, Claudine et Bernard décident de remonter tous ensemble à Poitiers, afin que les deux premières laissent leurs affaires chez elles, puis partent ensemble pour Paris, afin que Bernard soit présenté officiellement à Pauline de Croix-Mesnil.

Très vite, Bernard du Preuil ressent un malaise en suivant Mme de Lesnilis et Claudine, en se rendant avec elles chez Pauline de Croix-Mesnil. Il connaît ce quartier, il connaît cette rue, il connaît cet étage. C'est seulement quand Mme de Lesnilis sonne à une porte qu'il connaît bien qu'il comprend quelle effrayante plaisanterie lui a joué le destin. Pauline de Croix-Mesnil est le vrai patronyme de l'artiste-peintre Paule Santenay, l'ex-compagne de Bernard qui avait tenté de le vitrioler, la femme qu'il avait fui en s'exilant à Cannes trois ans plus tôt. Il comprend aussi qu'une partie du charme qu'il a immédiatement trouvé à Claudine venait de sa ressemblance avec Paule.

En découvrant qui est le fiancé de sa soeur, Paule reste sidérée quelques secondes, mais elle est trop mondaine pour faire mauvaise figure. Elle se montre une hôtesse charmante, feint de découvrir Bernard pour la première fois, et félicite les jeunes fiancés. Sa maladie mentale lui dicte spontanément cette attitude conciliante, parce qu'elle se persuade, une fois, encore que Bernard a trouvé un moyen de revenir vers elle, donc qu'il est toujours amoureux d'elle, et qu'il ne prétend épouser sa soeur que pour se rapprocher d'elle à nouveau. Ce qui ne la dérange pas tant que ça, car Paule a une piètre idée du mariage, et n'y voit qu'une association de complaisance incompatible avec sa propre idée de l'amour absolu. Une fois l'entrevue terminée, Paule invite Bernard à repasser quand il voudra au sujet des modalités.

Celui-ci ne laisse pas traîner l'affaire et repasse dès le lendemain, au grand ravissement de Paule, encore persuadée que Bernard est toujours amoureux d'elle, puisqu'elle l'est de lui. Le plus diplomatiquement possible, il lui fait comprendre qu'il ne garde aucune nostalgie de sa relation avec elle, et que contrairement à ce qu'elle suppose, il est très tendrement amoureux de Claudine, d'un amour infiniment supérieur et beaucoup plus sain que celui qui l'unissait à Paule. Néanmoins, il garde envers cette dernière toute son estime, et serait ravi de l'avoir pour belle-soeur, et d'ailleurs à ce propos, il doit lui communiquer les recherches qu'elle doit faire pour retrouver son père, afin qu'il puisse donner son consentement pour le mariage de Claudine.

En état de choc, Paule donne tacitement son accord, mais une fois Bernard reparti, Paule se jure de tout faire pour empêcher ce mariage. Heureusement, Bernard ne lui accorde pas la moindre confiance, et deux jours plus tard, c'est en compagnie de Claudine qu'il vient "enlever" Paule pour aller en sa compagnie à l'ambassade d'Australie faire les premières sollicitations.

Aussi dérangée psychologiquement soit-elle, Paule garde un amour profond pour sa soeur cadette. Elle veut empêcher par jalousie Bernard de l'épouser, mais elle ne voudrait pas faire mal à Claudine. Hélas pour elle, plus encore que Bernard, Claudine est empressée d'obtenir le plus vite les autorisations nécessaires pour convoler. Elle investit le petit château hypothéqué à l'abandon depuis de nombreuses années, tandis que Bernard rembourse toutes les hypothèques sur sa fortune personnelle. Les deux tourtereaux projettent de s'y installer à terme, et commencent à restaurer les pièces et à commander des travaux. Comme il n'est pas convenable que deux fiancés non encore mariés habitent ensemble, Paule transporte son atelier de peinture au château. Bernard, Claudine et Paule dorment chacun dans des chambres séparées. Vainement, Paule laisse la nuit sa porte à demi-ouverte pour le cas où Bernard viendrait la retrouver. Mais après une quinzaine de jours, Paule doit accepter le fait : Bernard ne viendra plus, plus jamais, dans son lit.

Tandis que Bernard et Claudine enchantent les journées de leurs rires et de leurs baisers qui résonnent dans le château tandis qu'ils dirigent les travaux, Paule se replie sur son chagrin, sa douleur et son désespoir, pleurant devant une toile inachevée, et qu'elle sait qu'elle n'achèvera pas.

Un soir pourtant, la porte de sa chambre, restée ouverte, s'ouvre. Ce n'est pas Bernard qui la pousse, mais un parfait inconnu, qui s'est introduit par la fenêtre. Un homme qui s'est indéniablement fait la tête de son père, et qui prétend être Hubert de la Croix-Mesnil, même s'il ne lui ressemble que modérément. Il sort même un papier d'identité qui l'atteste, en lequel Paule reconnaît un document authentique de son père.

Paule est sufisamment âgée, contrairement à Claudine, pour se souvenir de son père, et donc elle sait avec certitude que cet homme est un faussaire, d'autant plus qu'il tient un discours qui ne révèle que trop bien ses illusions sur le patrimoine des Croix-Mesnil, lequel se résume à ce seul chateau en réparation. Néanmoins, Paule ne se fâche pas et annonce à l'usurpateur qu'elle ne préviendra pas la police. Ce père factice, qu'elle est seule à pouvoir identifier, arrange ses intérêts. Mais elle veut savoir à qui elle a réellement affaire, et comment cet homme est en possession des vrais papiers de son père.

Piégé, l'homme raconte qu'il se nomme Robiac. C'est un criminel envoyé au bagne de Nouvelle-Calédonie et qui s'en était évadé sur un radeau de sa fabrication. Echoué sur la côte australienne, il a suivi la plage jusqu'à parvenir à une ville côtière, mais quelques kilomètres avant d'y arriver, il est tombé sur le corps inanimé d'un vieil homme, qui avait à peu près sa taille et son poids. Il l'a donc dépouillé de ses vêtements et de son argent, et lui a laissé sa tenue de prisonnier. À l'intérieur de la veste de l'homme inanimé, Robiac a trouvé ses papiers : Hubert de la Croix-Mesnil. Un Français, comme lui ! Il a donc décidé de prendre l'identité de cet homme, mort ou agonisant, qui était domicilié à l'île Bourbon. Le portefeuille était bien garni : il s'offrit le voyage jusqu'à l'île Bourbon, où il ne trouva qu'une maison en ruine. D'anciens voisins lui apprirent que les deux filles étaient parties il y a déjà longtemps pour Paris, où Monsieur de Croix-Mesnil avait un chateau. Robiac dépensa les derniers billets qui lui restaient pour revenir en France, et se maquiller de manière à ressembler le plus possible à Hubert de Croix-Mesnil. En pure perte, puisque d'une part, il n'a pas été convaincant, et d'autre part, parce qu'il réalise que l'identité qu'il a prise est celle d'un homme ruiné.

Paule lui annonce que cet homme ruiné est activement recherché, et s'engage à lui certifier l'identité de son père, ce qui lui vaudra au moins la possession de ce château. Elle s'engage aussi à entretenir Robiac, pourvu qu'il soit raisonnable, en échange d'une comédie qu'elle lui fera jouer, et qu'il devra accomplir sans poser de questions. Elle lui offre de quoi dormir ce soir à l'hôtel, et l'invite à repasser demain dans la matinée, cette fois-ci par la porte, tout en lui dictant exactement ce qu'il devra dire.

Le lendemain donc, Bernard, Claudine et Paule reçoivent la visite du père tant recherché, à la surprise générale. Très vite, le prétendu Hubert de Croix-Mesnil cherche querelle à Bernard du Preuil, qu'il feint d'être choqué de voir installé en ses murs, et finançant des travaux comme si ce château lui appartenait. Alors que Bernard et Claudine tentent de se justifier, il annonce d'un ton sans appel que ce mariage ne se fera pas, et que l'on trouvera un meilleur mari pour Claudine.

Les deux jeunes gens sont horrifiés par cette décision aussi injuste, et Bernard est obligé de partir. Paule triomphe et exulte, et dès le lendemain, ne voulant pas que Claudine soit trop longtemps tourmentée par cette rupture, elle lui propose de rencontrer des jeunes garçons de très bonne famille, afin d'en choisir un pour l'épouser. Mais Claudine répond qu'elle va passer les trois prochaines années dans un couvent, et qu'elle n'en sortira qu'une fois majeure, pour épouser Bernard, d'autant plus ce père qu'elle n'avait jamais vu, lui déplaît souverainement, et qu'elle estime ne rien lui devoir. Paule est furieuse, et décide que Claudine sera consignée dans sa chambre, jusqu'à ce qu'elle cède. Mais le lendemain matin, Claudine s'est échappée par la fenêtre et s'est réfugiée dans un couvent d'où personne, pas même sa famille, ne peut la faire sortir.

Paule se rend alors chez Bernard, dont elle exige qu'il écrive à Claudine une lettre de rupture définitive, en lui recommandant de se soumettre au désir de son père. Bernard lui répond d'un sourire méprisant qu'il n'en fera rien, qu'il trouve que l'idée de Claudine est excellente, et qu'il l'épousera effectivement dans trois ans. Folle de rage, Paule entre dans une colère hystérique, au cours de laquelle elle tient des propos incohérents mais qui font soupçonner à Bernard que tout cela n'est qu'une vaste machination, et que ce Hubert de la Croix-Mesnil n'est sans doute pas le vrai.

Après avoir mis Paule à la porte de chez lui, Bernard du Preuil se lance dans une longue et complexe enquête qui finit par le mettre sur la piste d'un homme emprisonné et condamné à mort qui se prénomme Quentin, n'a jamais voulu donner son nom de famille, dont on sait qu'il est revenu depuis quelques mois d'Australie. Bernard parvient à rencontrer ce prisonnier dans sa cellule, un homme assz âgé et résigné. Il lui raconte alors son histoire, et le prisonnier fond en larmes, et avoue qu'il est bien Hubert de la Croix-Mesnil. Il était en plein coma éthylique quand on lui a volé ses papiers et ses vêtements. Il s'est réveillé avec une tenue de prisonnier, sans argent sans identité. Il a rejoint alors la pègre australienne, a pris le nom de Quentin, puis il s'est livré avec ses complices à de nombreux cambriolages, se révélant un expert en perçage de coffre-forts. Une fois enrichi, il s'est embarqué pour Paris, et y a fréquenté la pègre locale pour acheter des faux papiers d'identité. Pour son malheur, Hubert/Quentin est tombé sous l'emprise de Nadine, une prostituée parisienne, et d'un homme qu'elle présente comme son frère, Fleuriot, qui est en fait son amant et son souteneur. S'étant montré indiscret sur ses talents de cambrioleurs, Nadine l'incite à les essayer chez un de ses clients, un banquier britannique qui vit à Paris. Mais le cambriolage tourne mal; le banquier surprend les cambrioleurs, et Fleuriot l'abat d'une balle de révolver. Puis les trois malfaiteurs s'enfuient, laissant derrière eux une foule d'indices, qui permettent à la police de les retrouver rapidement. Nadine et Fleuriot chargent Hubert/Quentin, affirmant que c'est lui seul qui a tiré sur le banquier. Celui-ci laisse dire, et refuse de donner sa véritable identité. Il confie d'ailleurs à Bernard ne pas vouloir être sauvé, et surtout pas en salissant ce nom de Croix-Mesnil dont il s'est déjà montré trop indigne. Il veut bien, cependant, signer une lettre, pour la dernière fois de son vrai nom, autorisant Bernard du Preuil à épouser Claudine de Croix-Mesnil, sa fille. En échange, il ne demande qu'une chose : qu'on le laisse mourir comme il le mérite, en délinquant, en raté.

Bernard cependant n'est pas décidé à accorder cette promesse-là. Il rend visite à Paule, il lui montre la lettre de son père, et narre tout ce que ce dernier lui a raconté. Il supplie Paule d'identifier son père formellement devant les institutions judiciaires. Dans un premier temps, elle refuse. Elle garde de la rancoeur contre cet homme qui a abandonné sa famille, et se dit que sa mort écarterait toute menace qu'on identifie Robiac, qui se montre jusque là très obéissant. Pourtant, Bernard se fait persuasif : il ne reste que deux jours avant qu'Hubert de la Croix-Mesnil soit guillotiné, et seule sa fille Pauline peut l'identifier formellement.

On l'a dit, Paule Santenay est à demi-folle, mais elle n'est pas fondamentalement mauvaise. C'est l'excès de douleur et de chagrin qui fait d'elle quelqu'un de maladivement possessif, quelqu'un qui ne supporte pas d'être abandonné. Sans doute est-ce le départ de son père qui a fait basculer sa raison, mais avoir l'opportunité de le sauver de la guillotine, de l'innocenter d'un crime qu'il n'a pas commis, n'est-ce pas enfin lui pardonner ? N'est-ce pas lui donner enfin l'occasion, à la fin d'une existence sinistre, de retrouver les deux filles qu'il a abandonné, et surtout celle qui était assez âgée pour en souffrir épouvantablement ?

N'est-ce pas pour elle l'occasion de guérir du mal psychique qui la ronge et la condamnera perpétuellement au malheur ?

Dans un éclair de lucidité, Paule accepte de délivrer son père, et de le ramener dans son château. Elle déclare même à Bernard qu'elle ne s'opposera plus à son mariage avec Claudine. C'est à lui, finalement, qu'elle devra le premier pas vers sa guérison. Paule donne alors à Bernard tous les papiers administratifs concernant son père.

Tandis que Bernard commence à classer son dossier avec celui de Paule, celle-ci descend à la cuisine se préparer un café. Robiac, qui se méfie de la visite inopinée de l'ex-gendre éconduit, vient aux nouvelles. Paule lui apprend qu'il va devoir quitter son rôle, et partir le lendemain matin. Robiac est sidéré, il demande des explications. Paule n'a ni la patience, ni l'envie, de s'expliquer à cet imbécile dont elle n'a plus besoin, et auquel elle est honteuse d'avoir recouru. Elle se contente de confirmer qu'il doit partir, qu'elle lui donnera suffisamment d'argent pour se forger une autre identité, mais qu'il doit être parti demain matin.

Cet ordre lapidaire s'avère maladroit, car Robiac commençait à se faire à sa nouvelle vie de châtelain. L'idée de redevenir un voyou et un assassin ne le tente guère. Or, qui connaît sa vrae identité, hormis Paule ? Personne. Il suffit donc qu'elle disparaisse pour qu'il puisse rester à jamais Hubert de Croix-Mesnil.

Il faut rappeler que Robiac avait détroussé sur la côte australienne un homme qu'il pensait mort ou agonisant. Il n'avait pas soupçonné le coma éthylique. Il n'imaginait donc pas que le vrai Hubert puisse être retrouvé vivant.

Robiac devait son séjour au bagne pour meurtre par empoisonnement. Ce premier échec ne lui a pas servi de leçon. Il garde toujours sur lui un flacon de poison. Pendant que Paule regarde ailleurs, il le vide dans son café.

Paule remonta à l'étage, alors que Bernard prend congé d'elle, et lui assure qu'il reviendra avec son père.

Bernard fait un détour par le couvent pour dire à Claudine qu'elle peut rejoindre le château. Puis, il se rend au Palais de Justice. Quelques heures plus tard, Hubert de la Croix-Mesnil est libéré, tandis que ses deux complices, eux, n'échapperont pas à la guillotine. Comme prévu, Bernard revient au château en compagnie de son légitime proprétaire.

C'est Claudine qui leur ouvre. Arrivée au château, elle a trouvé Paule agonisant au sol, après avoir bu son café. Elle la hisse jusqu'à son lit. Encore consciente, Paule ne comprend que trop bien d'où vient le coup. Elle nomme Robiac, l'accuse de l'avoir empoisonné. Un médecin, appelé en urgence, entre au moment où Robiac s'apprête à s'enfuir, le maîtrise et l'enferme à clé dans sa chambre, avant de monter voir la malade. Sonné, affligé de s'être une fois encore laissé prendre, Robiac prend dans sa veste un autre flacon de poison, et le boit lui-même.

Bernard, Claudine et Hubert rejoignent Paule, alitée, qui vit ses derniers instants. Elle a la dernière joie de revoir son père, et de serrer les mains de Bernard et de Claudine en leur demandant pardon. Puis elle meurt enfin, se désolant parce que « ça va trop vite » ...

Six mois plus tard, Bernard et Claudine sont devenus mari et femme, et le château de Croix-Mesnil est enfin complètement restauré, de même que son jardin, au fond duquel se trouve la tombe de Pauline de Croix-Mesnil à côté de celle, encore vide, d'Hubert de Croix-Mesnil, lequel vit désormais ses dernières années auprès des deux jeunes époux, et qui aura la consolation, une fois son heure venue, de dormir pour l'éternité auprès de sa fille, cette fille qu'il a abandonnée et à qui il a tellement manqué.


On reprochera à Pierre Decourcelle cette fin rédemptrice d'une grande niaiserie, boulevardière et presque caricaturale à force d'être minutée. Mais il faut pardonner à l'auteur de ce thriller psychologique d'être allé plus vite que la psychologie, laquelle en était encore à ses débuts.

Car, n'en doutons pas, le suspense et les rebondissements feuilletonnesques sont ici très secondaires. Comme l'indique son titre, « La Mendiante D'Amour » est avant tout un portrait de femme, et un portrait incroyablement réaliste et novateur pour l'époque, au point que le personnage de Paule Santenay semble encore très actuel, dans ce roman qui n'est pourtant pas le moins daté de son auteur.

Nombriliste, obnubilée par elle-même, érotomane, sadique, glaciale, manipulatrice, dissimulatrice, et en même temps, émotionnellement à vif, ravagée par le chagrin, la douleur, la sensation de perte et d'humiliation, suivie d'espoirs insensés, Paule Santenay est très proche de la femme occidentale du XXIème siècle, de son incapacité à gérer ses émotions, de ses délires paranoïaques autocentrés, et de ses troubles bipolaires et de son inaptitude au bonheur. Pierre Decourcelle prête à son personnage un esprit désordonné consécutif à un trauma lié à l'abandon du père. C'est précisément la force psychologique de son roman. Pour cette raison, il ne juge pas vraiment Paule, la montrant tantôt odieuse, tantôt pathétique et perdante dans tout ce qu'elle entreprend, quand bien même ses tentatives seraient de nature criminelle. Elle n'est pas tellement aidée d'ailleurs par Bernard du Preuil, esprit cartésien mais peu curieux, qui désapprouve les coups de folie de Paule mais ne cherche pas à les comprendre, et ne parvient jamais à s'en offusquer. Toutes ses vertus reposent sur une tranquillité sereine face à toutes les situations. Ce n'est pas totalement illogique, parce que cela explique la dépendance amoureuse de Paule face à cette sérénité qui lui est inaccessible. Hélas, la sérénité de Bernard n'est pas le résultat d'un esprit sage, aguerri, maîtrisé, mais bien plus le résultat d'une éducation conformiste, terre-à-terre par manque d'imagination, et dont les enseignements n'ont encore jamais été malmenés par l'âpreté du réel.

On peut en dire autant de sa chère et tendre Claudine, dont la qualité première semble être une candeur encore enfantine, une franchise par ignorance du mensonge, et une farouche détermination lorsqu'on veut la détourner d'un chemin qui est, en général, le seul qu'elle envisage.

On explique alors facilement que Paule Santenay et ses manipulations sournoises se heurtent douloureusement à ces pensées monolithiques inaltérables, non pas parce qu'elles sont sages mais parce qu'elles sont bornées.

C'est pour cela que « La Mendiante D'Amour » laisse des impressions mitigées, dans le sens où la définition d'un esprit sain, selon Decourcelle, n'est ni plus réaliste, ni plus enviable, que celle d'un esprit désaxé - surtout quand cet esprit désaxé peut trouver sa rédemption simplement en sauvant et en retrouvant le père indigne. Decourcelle reste basquement chrétien dans sa psychothérapie : quand on manque de quelque chose, il faut continuer à donner, il faut tendre l'autre joue, il faut même accueillir la mort avec bénédiction.

Car la mort ici est omniprésente, comme péril mais surtout comme idéal. Berrnard du Preuil voit le bonheur conjugal comme un devoir d'enfanter pour perpétuer son nom. Préoccupation d'aristocrate, soit, mais voilà tout de même un jeune homme qui n'est pas encore marié, et qui pense déjà à ce que deviendra sa postérité comme le fait un homme en fin de vie. De même que, en fin de roman, Hubert de la Croix-Mesnil contemple avec une évidente satisfaction la tombe à son nom où il sera enterré après sa mort.

Sans doute Pierre Decourcelle a-t-il voulu opposer cette fatalité pleine de bonhomie au désordre passionnel, en quête d'intensité absolue, incarné par la folie de Paule. D'ailleurs, Paule parle du mariage de raison comme un « demi-sommeil de l'âme », visant à apaiser une passion funeste et douloureuse, tandis que Bernard au contraire, défend l'amour "conventionnel", plus profond que réellement intense, productif dans le domaine familial, confortable sur le plan conjugal, et qui n'a pas besoin de montées d'adrénaline inopinées.

Au final, même si cet aspect-là du roman laisse perplexe, cette démarche n'est peut-être que de la prudence face à la création d'un personnage féminin "borderline" (même si l'expression n'existait pas à l'époque) auquel certaines lectrices pourraient s'identifier; des lectrices aspirant à des émotions sentimentales disproportionnées, que Pierre Decourcelle leur sert à foison; tout en rappelant qu'il n'y a rien de meilleur dans la vie que la mornitude douillette des quotidiens routiniers. Se sont-elles laissées convaincre ? Sans doute pas, mais elle ont sans doute aimé y rêver le temps d'une lecture...

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