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XAVIER BONIFACE SAINTINE - « Le Chemin des Écoliers » (1861)

  • 3 févr.
  • 12 min de lecture

Joseph-Xavier Boniface, plus connu sous les noms de Saintine ou X.B. Saintine, est l'une des plumes les plus érudites et les plus raffinées du XIXème siècle, même si on résume trop souvent sa carrière au seul roman « Picciola » (1836), qui fut son plus grand succès commercial, bien que ce soit un demi-plagiat du « Voyage autour de ma Chambre » (1799) de Xavier de Maistre, quoique évoluant dans un état d'esprit clairement différent.

Saintine est aujourd'hui injustement mésestimé, comme tous les grands écrivains qui n'ont pas su se cantonner à un seul style ou à une forme littéraire. Pur produit du milieu enseignant parisien, à laquelle sa famille appartenait, il se lança en littérature à seulement 16 ans, via des oeuvres poétiques plutôt érudites, voire clairement élitistes. Dans ses jeunes années, celui qui signait encore Xavier Boniface cherchait d'abord la reconnaissance de ses pairs. Bien qu'il semble en avoir assez tôt profité, il en gardera une certaine amertume, peut-être parce qu'il était déçu de ce panthéon auquel il s'est rapidement hissé, et du cynisme ou du snobisme de certains de ses confrères, auxquels il enverra souvent dans ses oeuvres quelques piques allusives bien senties.

En 1825, il publie sous le nom Xavier Boniface de Saintine (en hommage à sa mère, originaire du village de Saintines, dans le Val d'Oise) un recueil de contes philosophiques, « Jonathan Le Visionnaire », qui rencontre un assez bon succès d'estime, mais n'écoutant que ses envies, il publiera par la suite deux essais historiques plutôt pointus, sous le pseudonyme définitif de X.B. Saintine.

Il s'essaye au roman à partir de 1832, avec « Le Mutilé », puis remporte enfin la reconnaissance du public avec « Picciola » (1836), roman philosophique lumineux et positif narrant le voyage intérieur d'un prisonnier de guerre, qui reprend goût à la vie en voyant une petite fleur pousser sur le sol de sa cellule.

Dans les années 1850, Saintine est devenu un auteur connu et respecté, même si sa popularité et sa philosophie jugée simpliste, ainsi que sa tendance à récupérer des intrigues d'autres auteurs pour les plier à sa recette, lui a fait perdre l'estime de certains de ses confrères. D'autres encore ne pardonnent pas à cette figure littéraire de la Restauration et de la Monarchie de Juillet de s'être tout à fait rallié à la cause de Napoléon III. Il est vrai qu'étant assez engagé sur tout un tas de préoccupations sociales et d'absurdités administratives - comme le sera, quelques décennies plus tard Georges Courteline -, Saintine semble avoir été indifférent, pour ne pas dire hostile, à la politique, estimant après tout qu'un homme qui se retrouve à la tête de l'Etat a forcément la compétence requise pour ce rôle, et il n'y a pas là matière à discutailler pendant des heures.

Durant cette dernière période de sa vie, Saintine voyage beaucoup en Allemagne, ainsi qu'en Europe Centrale. Plusieurs de ses romans de cette période sont directement inspirés de ses voyages, mais sont parfois médiocres - comme « Chrisna » (1860), survol très superficiel de la Résistance monténégraine à l'Empire Ottoman, qui se retrouve réduite à un triangle amoureux violent et éculé, même pour l'époque.

Avant de mourir encore jeune en janvier 1865, apparemment de causes naturelles, Saintine a eu le temps d'achever un ultime roman, que l'on peut regarder à la fois comme un copieux testament littéraire, comme le nécessaire complément de « Picciola », et comme l'oeuvre qui rassemble toutes ses thématiques : « Le Chemin des Écoliers » (1861), un roman-fleuve de 630 pages, qui est une véritable odyssée à travers l'Allemagne du Nord-Ouest, de Kehl, le petit bourg en vis-à-vis de Strasbourg, jusqu'à Aix-La-Chapelle (aujourd'hui Aachen), en suivant le cours du Rhin.

Roman à la fois érudit et follement drôle, d'un humour "nonsense" terriblement anglais, « Le Chemin des Écoliers » est à la fois un voyage touristique érudit, une fantaisie burlesque et un témoignage fabuleux sur l'Allemagne de la fin des années 1850, une Allemagne très campagnarde, médiévale même sur certains plans, et au sujet de laquelle il existe peu d'ouvrages en langue française.

Ce roman est sous-titré « De Paris à Marly-Le-Roi en suivant les bords du Rhin », plaisanterie fine qui, hélas, est difficilement compréhensible pour un lecteur qui ne connaît pas la région parisienne : Marly-Le-Roi est une charmante petite ville, plus cossue aujourd'hui qu'elle ne l'était au XIXème siècle, qui se trouve à l'ouest de Paris, plus précisément au nord de Versailles. Pour se rendre de Paris à Marly-Le-Roi, il faut donc partir en direction de l'ouest, c'est-à-dire à l'opposé de la direction menant au Rhin. Mais c'est là tout le sel du quiproquo, car l'autre grande force de ce roman, c'est qu'il ne part que d'un quiproquo absurde, à la fois burlesque et réaliste.

Le héros de cette incroyable odyssée, alter-ego de l'auteur, se nomme Augustin. Il "avoue" quarante-cinq ans, ce qui laisse entendre qu'il en a un peu plus. Il est "herboriste" amateur (botaniste, dirait-on aujourd'hui) par goût pour la poésie. Ayant hérité d'une confortable fortune familiale, il est à la fois locataire d'un appartement à Belleville, qui est encore un village voisin de Paris, et propriétaire d'une petite maison de campagne à Marly-Le-Roi (c'était également le cas de Saintine). Il vit seul avec un domestique et une cuisinière, hérités eux aussi de ses parents, qui l'ont connu enfant, et le traitent d'ailleurs avec une surprenante familiarité.

Il faut reconnaître qu'Augustin est quelque peu resté enfant. N'ayant jamais eu besoin de travailler, il mène une vie sédentaire, partagée entre ses deux foyers, et vonsacre ses journées à sa passion florale, ne s'en arrachant que pour passer des soirées ou des week-ends bucoliques avec ses amis - car Augustin possède de nombreux amis, comme tous les gens qui sont disponibles tout le temps. Augustin n'a même jamais songé à se marier, non pas que les femmes l'indiffèrent mais il faut sortir dans le monde, ou tout du moins dans le voisinage, pour en rencontrer. Alors qu'on est si bien chez soi...

Bref, au final, la vie est passée comme un rêve pour Augustin, et même s'il a la sensation d'être passé à côté de grands moments de l'existence, il a tellement été heureux de sa vie agréable et facile qu'il ne lui viendrait pas à l'idée de s'en plaindre. Seul son meilleur ami, Antoine Minorel, lui fait de constants reproches de ne jamais voyager, de ne jamais marcher, de n'être même pas capable de se rendre à pied la gare la plus proche.

Fatalement un peu vexé, Augustin décide de prouver à son ami qu'il n'est pas si impotent. Il lui écrit une lettre pour l'inviter, le week-end suivant, à sa maison de Marly-Le-Roi, tout en lui promettant qu'il s'y rendra lui-même à pied. Pour cela, il décide de partir 36 heures à l'avance, car cela fait quand même une quinzaine de kilomètres, en suivant la Seine, en dormant deux nuits à l'hôtel, sur son trajet.

Après avoir posté sa lettre, il enfile un veston, un chapeau, apaise Jean et Madeleine, ses domestiques, terrifiés à l'idée que leur maître sorte seul dans la rue, et se lance dans son périple.

Déjà, voulant suivre le Canal de l'Ourcq jusqu'au Quai de la Rapée, il se trompe de direction et se retrouve quelques heures plus tard à Pantin. Réalisant sa bévue, il se rappelle que des amis qu'il n'a pas vus depuis longtemps, les Ferrière, habitent pas très loin, près des collines du Trou-Vassou (aujourd'hui, le Parc de la Sapinière) à Romainville.

Augustin avait rencontré les Ferrière dix ans auparavant. C'était un couple de marchands itinérants qui vivaient dans une roulotte avec leur fille en bas-âge et qui, à la suite de déconvenues, s'était retrouvé ruiné. Ils faisaient la mendicité pour survivre, et ému de leur détresse, les sachant marchands d'oeufs avant leur ruine et plutôt que de leur faire l'aumône, il était allé leur acheter des poules pondeuses, afin qu'ils puissent reprendre leur commerce. Les Ferrière avaient béni leur bienfaiteur, et en travaillant avec acharnement sur le marché du quartier de Belleville, avaient fini par s'établir en quelques années, et s'étaient acheté une maison à Romainville.

Augustin est surpris de trouver une auberge à la place de la maison de ses amis, mais alors qu'il y entre pour savoir ce que ceux-ci sont devenus, il est soulagé de reconnaître le père Ferrière en aubergiste. Les nombreuses économies que lui et son épouse ont su faire ces dernières années leur ont permis, récemment, de transformer leur maison en une auberge, qui ne désempliit pas. Une seule ombre noircit le tableau de cette magnifique réussite sociale : Thérèse, leur fille, a fugué, apparemment avec un jeune homme. Le couple est introuvable, et le père Ferrière espère tout de même qu'elle finira par donner de ses nouvelles à ses parents.

Comme Augustin explique à son tour qu'il s'est perdu en quittant Paris, le père Ferrière lui dit quelle direction prendre pour gagner la gare voisine de Noisy-Le-Sec, qui le ramènera à Paris. Augustin suit cette recommandation, mais l'idée de prendre le train, alors qu'il avait juré de ne voyager qu'à pied le chiffonne un peu. Certes, ce n'est que pour corriger une erreur de trajet, mais tout de même...

Il en est encore à méditer sur cette idée quand une main se pose brutalement sur son épaule :

- Augustin ! Toi aussi, tu vas à la Saint-Anathase ?

Notre héros reconnaît un ami de ses années d'université. Celui-ci lui apprend qu'une grande fête d'anciens étudiants est organisée ce soir autour de leur ami commun Athanase, dans sa ville natale d'Épernay, dans la Marne. Impossible de convaincre cet enthousiaste ami que c'est par hasard qu'il se trouve à cette gare. Il lui explique qu'il doit être à Marly samedi matin.

- Allez, on est mercredi, passe la soirée avec nous et tu rentreras demain matin à Paris par le train.

On l'a compris, Augustin n'est pas un modèle de fermeté et de résignation, et après tout, il aimerait bien revoir son vieil ami Anathase. Les deux hommes prennent donc le train pour Epernay, et partagent, entre "anciens", une soirée conviviale particulièrement arrosée.

Alors que le petit matin pointe derrière les fenêtres, Augustin, qui tient à peine debout, se rappelle qu'il a un train à prendre. Trois amis, qui tiennent à peine davantage debout que lui, se chargent de le faire tituber jusqu'à la gare, et pour plus de sécurité, l'installent dans le premier train qui se présente.

Augustin se couche sur le banc où on l'a déposé, et se réveille, quelques heures plus tard... à Strasbourg. Par maladresse ou par goût de la farce, ses amis lui ont fait prendre le mauvais train.

Ce ne serait pas si grave, si Augustin n'était à court d'argent liquide. Il doit attendre le début de l'après-midi pour que les banques ouvrent, et la fin de l'après-midi pour pouvoir prendre le prochain train pour Paris. Au pire, il ne pourra être à Marly-Le-Roy que dimanche, mais bon, après tout, cela fera une aventure savoureuse à raconter. Une fois son portefeuille à nouveau rempli, il décide d'explorer la ville de Strasbourg, puisqu'il n'y a rien de mieux à faire en attendant son train. Sa visite le mène au bout d'un moment jusqu'au pont traversant le Rhin, et qui mène au petit bourg de Kehl, en Allemagne. Appelé aujourd'hui "pont de l'Europe", ce pont était à l'époque un simple poste-frontière qui n'avait pas de nom.

Curieux de mettre au moins un pied en Allemagne pour agrémenter davantage son aventure, Augustin demande aux douaniers :

- Y'a-t-il besoin d'un passeport pour aller en Allemagne ?

- Aucunement.

Augustin traverse donc le pont, va faire un petit tour à Kehl, puis constatant que l'heure tourne, il fait demi-tour pour rejoindre la gare de Strasbourg, mais se heurete à un douanier en empruntant à nouveau le pont.

- Passeport s'il vous plaît !

- Mais votre collègue m'a dit qu'il n'y avait pas besoin de passeport ?

- Pour aller de France en Allemagne, non. Mais pour passer d'Allemagne en France, il en faut un.

- Où est-ce que je peux en avoir un ?

- Il faudrait que vous alliez à la mairie de Karlsruhe.

Et voilà comment débute la sensationnelle odyssée germanique du pauvre Augustin. Et comme nous n'en sommes qu'à la page 80, je laisse le lecteur imaginer la longeur, la variété et la drôlerie de cette odyssée, car bien évidemment, pour obtenir son passeport, rien n,e va être simple, car il faut des documents administratifs qu'Augustin ne possède pas, et pour lequel il a besoin de Junius Minorel, le frère de son ami Antoine, qui travaille dans l'administration à Karlsruhe... mais qui est en déplacement à Bade (aujourd'hui Baden-Baden). Enfin, en descendant dans une auberge à Karlsruhe, quelle ne va pas être la surprise d'Augustin en reconnaissant parmi les serveuses Thérèse Ferrière, la fille disparue de ses deux amis de Romainville, elle-même abandonnée par son séducteur, un nommé Brascassin, qui ignore qu'elle est enceinte de lui. Or, ce Brascassin, Augustin l'a déjà rencontré à deux reprises, à Épernay où il avait été invité par Anathase, et à Kehl, où il s'amusait à mystifier des touristes par de soi-disants secrets d'histoire.

Inspiré de Molière et de ses « Fourberies de Scapin », Brascassin est un personnage abstrait et insaisissable, dont on sent néanmoins qu'il représente ce qu'Augustin (et à travers lui Saintine) aurait voulu être : un saltimbanque, un rimeur, un séducteur, un aventurier auquel, finalement, on pardonne toujours tout parce qu'il est beau, qu'il a de l'esprit et du talent, mais aussi de la conscience et de la dignité puisqu'il finira par épouser Thérèse qu'il a rendu mère sans le vouloir.

Outre que le récit s'enrichit de ce "fil rouge" que représentent les rencontres ponctuelles entre Augustin et Brascassin, X. B. Saintine se livre à un travail extraordinaire pour faire de cette intrigue, moins statique que « Picciola » mais toute aussi minimale, une source de rebondissements permanents, par le biais d'une bonne cinquantaine de personnages cocasses qu'Augustin croise dans son périple, qui apparaissent, disparaissent, et parfois réapparaissent dans une autre ville, alors qu'on les avait déjà oubliés.

Qui plus est, l'auteur ne tire pas interminablement sur la corde qui fait d'Augustin une perpétuelle victime des circonstances. Nous ne sommes pas encore à la moitié du roman qu'Augustin a enfin son passeport en main. Mais hélas, le week-end est passé, le pari est perdu, et l'Allemagne est si belle ! Après avoir envoyé un télégramme à ses domestiques pour leur indiquer que tout va bien et qu'il va continuer encore quelques temps son voyage involontaire en Allemagne, il suit docilement les rives du Rhin et passe de ville en ville, tout en faisant un détour par quelques grands lieux naturels : Gernsbach, Sasbach, La Forêt-Noire, les chutes d'Allerheiligen, Appenweier, Wildbad, Heideberg, Francfort, Mayence, Cologne et enfin Aachen, c'est-à-dire Aix-La Chapelle, avant de rentrer en France par Verviers et Bruxelles. Dans le dernier quart du voyage, Augustin est rattrapé par son ami Antoine et par ses domestiques Jean et Madeleine, qui l'ont suivi à la trace depuis Baden-Baden, et l'accompagnent jusqu'au bout.

Les différentes intrigues qui s'entrecroisent n'empêchent pas Saintine de consacrer plusieurs pages à chaque ville traversée par Augustin, en précisant son histoire, ses monuments, ses curiosités naturelles, et même les légendes folkloriques qui y sont liées. Augustin étant botaniste, nous avons même droit à de très nombreuses descriptions des fleurs et de plantes spécifiques de telle ville, surtout quand elles ne se trouvent pas en France. Tant qu'on ne l'a pas ouvert, on ne peut imaginer à quel point cet ouvrage est aussi copieux, et pourtant, il n'est jamais vraiment ennuyeux, même quand on n'a pas le moindre intérêt pour l'Allemagne.

Comme le suggère son titre,« Le Chemin des Écoliers » est forcément le chemin le plus long et le plus joli, même si sa lecture peut induire une certaine mélancolie, d'abord parce que cette Allemagne coviviale, en bois et en pierre, en fleurs et en ruisseaux, a disparu en grande majorité sous les autoroutes et le béton; ensuite parce que malgré les apparences, Augustin est un homme seul, comme l'était le comte de Charney dans « Picciola », même si sa prison à lui est vaste et à ciel ouvert. Ne parlant pas allemand, il observe l'Allemagne comme une plante qui pointe au milieu de sa grisaille, et parce que cette plante n'est pas à ses pieds, parce que c'est plutôt lui qui est aux pieds de la plante, une certaine mélancolie l'étreint; celle de l'observateur qui ne peut prétendre à rien d'autre qu'à être écrasé par la beauté qui l'entoure. Même une comtesse fort érudite, qui se prend de sympathie pour lui et dont il se sent tomber amoureux, lui préfère Brascassin, qui pourtant n'a d'yeux que pour Thérèse. Augunstin n'est même pas bon à être un lot de consolation pour qui que ce soit.

Cette amertume, qui est évidemment celle de l'auteur lui-même, que la nature n'avait pas favorisée, repose sur la certitude que le voyageur n'est jamais qu'un vagabond quand rien ne le retient, et surtout quand personne ne veut le retenir.

Comme dit plus haut, « Le Chemin des Écoliers » est un chef d'oeuvre qui n'a pas trouvé son public, il n'en existe qu'une seule édition, luxueuse, avec dorure complète, chez Hachette, qui a peut-être bénéficié de trois ou quatre tirages similairesavec des reliures de différentes couleurs, mais certainement pas davatages. Hachette, qui était déjà un éditeur de livres pour la jeunesse, n'était sans dout pas un bon choix, vu que ce livre ne s'adresse pas aux enfants, ni même aux adolescents. Sa réédition telle quelle serait même compliquée, vu que les 450 gravures que comporte cet ouvrage, étaient en grande partie volées à des ouvrages anglais ou allemands, et une partie de cette iconographie sont devenues la propriété de portails d'images, comme Alamy.

Mais ce qui a surtout condamné ce roman à l'échec commercial, c'est l'Histoire elle-même. Au moment même où Saintine écrivait son livre, les tensions devenaient vives entre Napoléon III et le prince-régent Guillaume Ier de Prusse, alors sous l'influence du ministre-président Otto von Bismarck, qui allait être l'architecte de la défaite française en 1870. Durant les années 1860, l'hostilité envers l'Allemagne, et particulièrement le royaume de Prusse qui forme le décor de ce roman, devint omniprésente, assez comparable à ce que nous vivons actuellement par rapport à la Russie. En plus d'être un roman complexe dans une édition coûteuse, « Le Chemin des Écoliers » devenait invendable de par sa germanophilie assumée. Il est probable d'ailleurs qu'il fut retiré des rayonnages à la mort de l'auteur, si ce n'est avant.

Plus tard, sous la IIIème République, Saintine étant désormais regardé comme un "écrivain de l'Ancien Régime", on cessa de rééditer ses oeuvres, à plus fortes raisons celles qui s'étaient mal vendues. Enfin, paru en 1946, « Le Chemin des Écoliers » de Marcel Aymé condamna définitivement le roman éponyme de Saintine à l'oubli total. Ce n'en est pas moins toujours un chef d'oeuvre, qui ne pourrait plus faire grincer de dents à présent que l'amitié franco-allemande est restaurée de longue date. Aussi faut-il garder l'espoir qu'un jour, un éditeur audacieux fera redécouvrir ce merveilleux roman à de nouvelles générations de lecteurs.

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